Il existe des albums qui vous filent la banane dès la première écoute, en sachant appuyer là où ca fait du bien, vous soignant ainsi les orifices auditifs à grands coups de riffs inspirés et aiguisés… Si ces quelques mots d’introduction vous ont d’ores et déjà fait saliver, inutile de lire la suite. Courez plutôt chez votre disquaire le plus proche dépenser une vingtaine d’euros pour acquérir le nouvel album d’Audrey Horne, intitulé (fort judicieusement) Youngblood, tant il appartient bel et bien à cette catégorie bananifère évoquée plus haut.

Non seulement nos amis Bergenois possèdent un des patronymes les plus classes de l’histoire du Rock (Sherilyn si tu nous lis…), mais ils peuvent également se vanter d’avoir accouché d’une discographie susceptible de faire beaucoup d’envieux, y compris parmi des groupes nettement plus renommés. A l’instar des génies suédois de Spiritual Beggars, Audrey Horne avance ainsi dans l’ombre depuis une dizaine d’années, souvent un peu trop loin des feux de la rampe (si l’on excepte la Norvège), mais justifiant disque après disque leur excellente réputation auprès des initiés.

Mais voilà… comme dirait Bob, il semble que les temps sont en train de changer. En témoignent la couverture du dernier Rock Hard magazine offrant enfin à Toschie et sa bande une exposition toute méritée, ainsi que des concerts de plus en plus complets ou des premières parties qui en jètent (Metallica par exemple). Youngblood serait-il donc l’album de la consécration?

C’est sans trop me mouiller que j’ose répondre affirmativement en secouant la tête avec autant de virulence qu’un fan de Lamb of God. En ouvrant sa musique à des influences plus larges, en l’aérant comme jamais tout en conservant ce qui faisait jusque là la force du groupe (ce subtil croisement entre Hard Rock et métal, ces riffs et soli imparables, ces mélodies miamesques et ce chant sous stéroïdes), il semble ainsi que mademoiselle Horne ait trouvé la recette idéale pour conquérir de nouveaux horizons et séduire de nouveaux fans.

Rendant subtilement (et j’ose imaginer, consciemment) hommage à des légendes telles que Ozzy Osbourne (“Cards with the Devil”), Deep Purple (“There goes a Lady”), Judas Priest (“Straight into your grave”) voire Kiss (“Youngblood”), Audrey Horne nous fait voyager au coeur des deux décennies clés de l’histoire du Hard Rock/Classic Rock (les années 70 et 80, pour ceux qui ont un peu de mal à suivre) tout au long de dix morceaux terriblement accrocheurs et calibrés pour la scène. Attention cependant, n’allez pas croire que les norvégiens proposent ici une vulgaire et lâche copie de ce qu’ont pu faire les groupes cités ci-dessus… Tout cela est écrit à l’encre indélébile et aisément reconnaissable d’Audrey Horne (sa tombe bien, le chanteur est artiste tatoueur à Bergen héhé. Il est d’ailleurs l’auteur de la pochette de l’album), ce qui signifie en d’autres termes que ceux qui craignent les trips nostalgiques peuvent arrêter de trembler à la lecture de ces lignes: le tout sonne véritablement moderne (comme par exemple les nappes de claviers de “Cards with the Devil” ou des titres tels que “The open sea” ou “The king is dead”) et il émane de l’ensemble une énergie rappelant bien plus les envolées propres au métal que les vieux vinyls de papa. A ce titre, il convient de souligner une des qualités principales de la musique d’Audrey Horne, à savoir cette faculté à toujours décupler l’intensité d’un morceau sur un refrain, même lorsque celui-ci est plus lent. Jamais l’énergie produite par les guitares virevoltantes de Ice Dale (bien connu des amateurs de Enslaved) et Thomas Tofthagen ne semble faiblir… alors si l’on ajoute à l’ensemble la monstrueuse basse du charismatique Espen Lien, je vous laisse imaginer le tableau…  jouissif au possible. Sans compter que l’intégralité des titres de l’album sont autant de “tubes” qui vont se scotcher irrémédiablement dans votre crâne et vous hanter plusieurs semaines durant (je sais de quoi je parle…).

Nous ne sommes certes qu’en février, mais il parait raisonnable de penser que Youngblood comptera parmi les grands crus de 2013. Un album qui va vous muscler les cervicales, les chevilles et les mollets tout en rendant vos traversées de la Sologne en voiture nettement moins ennuyeuses. Fy faen for et band!

ps: Un dernier mot pour vous inciter à ne manquer sous aucun prétexte les prochaines dates d’Audrey Horne en France (notamment au Hellfest), ce groupe est une bête de scène!

9/10

www.audreyhornemusic.com

www.napalmrecords.com